Visite des grottes de Villars : plongée spectaculaire dans les entrailles du Périgord
Situées à moins de 30 kilomètres de Le Change, les grottes de Villars forment l’un des sites souterrains majeurs du Périgord. Oubliant la frénésie du monde...
Lovée au cœur de la vallée de l’Auvézère, à quelques pas du vieux pont et de l’ancien bourg, l’église de Le Change se dresse depuis plus de neuf cents ans. Dédiée à Saint-Pierre-ès-Liens, elle figure parmi les églises rurales remarquables du Périgord. Les premières mentions de l’édifice remontent au XIe siècle, à une époque où les églises romanes fleurissent en Dordogne (Source : Base Mérimée, Ministère de la Culture).
Sa position, légèrement en retrait, évoque d’anciennes logiques d’implantation, liées tant à la proximité du château féodal qu’aux voies de passages médiévales. Au fil des siècles, l’église n’a cessé de se transformer : si elle conserve son apparence modeste, c’est une véritable mosaïque de styles et d’époques, le résultat d’un dialogue ininterrompu entre la foi, la vie locale et les nécessités de chaque époque.
L’édifice primitif, tel qu’imaginé au XIe siècle, était constitué d’une nef unique et d’un chœur en hémicycle, typique du roman périgourdin. Les murs épais (près d’un mètre vingt à certains endroits !), les petites ouvertures et l’absence de transept témoignent de cette sobriété originelle.
Entre les XIIIe et XVe siècles, la région connait une période de troubles, entre les conflits féodaux et la guerre de Cent Ans. L’église va alors connaître plusieurs interventions. Selon les archives diocésaines de Périgueux, la nef a été surélevée pour ajouter une voûte en berceau brisé, signe d’une influence gothique qui a gagné le Périgord sous l’impulsion des évêques de Sarlat et Périgueux (Source : "Patrimoine en Périgord", L. Corchade, 1999).
Une anecdote locale raconte qu’en 1369, lors du retour des troupes anglaises sur la vallée, les habitants de Le Change s’y seraient réfugiés avec quelques biens précieux et que des meurtrières auraient été percées à cette période – bien visibles sur la façade sud, encore aujourd’hui. Ce souvenir a donné le surnom de “petite forteresse” à l’église.
Au fil du temps, l’église subit divers outrages : incendies, infiltrations, mais aussi des adaptations à la liturgie qui évolue (installation d’autels annexes, introduction de statues).
En 1751, d’importants travaux de toiture sont subventionnés par le chapitre de Périgueux, soucieux de préserver un édifice menacé par le pourrissement des charpentes. Détail amusant : les comptes paroissiaux de l’époque mentionnent la réutilisation de bois issu des moulins voisins pour remplacer certaines poutres !
La Révolution française a laissé sa marque, y compris à Le Change : l’église est brièvement fermée, le clocher subit des dégradations et le mobilier liturgique est dispersé. Mais c’est au XIXe siècle, avec la vogue du néo-gothique et l’impulsion des campagnes de rénovation initiées par les préfets, que débute une ère de transformation décisive.
Sur les murs, à hauteur d’homme, on distingue de nombreux graffiti laissés par des pèlerins de Compostelle, passant par Le Change sur la voie de Vézelay. On y déchiffre croix, dates ou monogrammes (dont certains datés de 1812 et 1835).
Au XXe siècle, l’église traverse de nouvelles mutations. Entre l’abandon relatif de l’entre-deux-guerres et le regain d’intérêt pour le patrimoine, plusieurs campagnes de restauration se succèdent, souvent sous l’égide de la commune et de l’association de sauvegarde locale.
Chaque restauration a été influencée par la disponibilité des matériaux, le coût, mais aussi la connaissance patrimoniale du moment. Par exemple, la remise en état des murs en 2018 a utilisé des mortiers à la chaux proches des recettes médiévales, afin de laisser “respirer” l’édifice et éviter les remontées d’humidité – une approche désormais préconisée sur nombre d’églises anciennes (cf. Fondation du Patrimoine).
Les bénévoles locaux, notamment lors de l’opération “Église ouverte” en 2010, ont contribué à nettoyer et valoriser les boiseries, exposant le mobilier ancien remis au jour sous la poussière du temps.
Impossible d’évoquer les transformations de l’église de Le Change sans rappeler quelques histoires locales savoureuses. Ainsi, la cloche actuelle, installée en 1954 après la disparition de la précédente durant la Seconde Guerre mondiale (réquisitionnée pour l’effort de guerre selon la tradition orale), porte le prénom “Marie-Rose”, choisi en mémoire d’une bienfaitrice locale. Lors d’un violent orage en 1924, un éclair aurait provoqué l’effondrement partiel de la sacristie, heureusement vite réparé grâce à une mobilisation des habitants – la photo du chantier, où l’on reconnaît plusieurs figures locales, est précieusement conservée à la médiathèque du village.
Autre fait marquant : l’église est parfois présentée comme lieu de “miracle” lors d’une épidémie de choléra en 1854 ; un ex-voto peint en témoignait encore dans l’ancienne sacristie avant sa disparition dans les années 1980.
Si l’église a traversé tant de phases, c’est aussi grâce à l’implication continue des habitants et des élus de Le Change. Depuis l’inscription à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 2004 (Arrêté préfectoral, voir Base Mérimée, PA00082549), les travaux sont menés avec le plus grand soin. Des visites guidées, notamment lors des Journées du Patrimoine, permettent de faire découvrir les différentes phases architecturales et les trésors cachés de cet édifice.
Régulièrement, de petits travaux d’entretien sont entrepris : reprise des joints, traitement contre l’humidité, surveillance des toitures… et le projet à venir concerne l’accessibilité et la valorisation des abords, afin d’ouvrir encore davantage cette page d’histoire aux promeneurs et curieux d’un jour.
L’église de Le Change incarne la superposition des époques, le dévouement des générations et l’évolution des sensibilités. Elle n’est pas seulement un monument, mais un livre ouvert sur l’histoire du village, à découvrir au fil des restaurations… et des promenades.