Le Change raconté : des récits et chroniques pour comprendre son passé

29 novembre 2025

Le Change, carrefour d'histoires et d'humanité

Isolé sur les rives de la Mano, Le Change a traversé les siècles, discrètement tissé d’intrigues, de traditions et de mémoire populaire. S’il rayonne aujourd’hui par sa douceur de vivre, son histoire se lit dans la pierre des vieilles maisons, dans l’accent des habitants, dans la trame des ruelles et des bois alentour. À travers des archives locales, des témoignages, et les écrits de passionnés d’ethnologie, de nombreux récits et chroniques témoignent d’un passé aussi humble que fascinant.

D’où viennent les principaux récits et sources de mémoire ?

Le Change ne figure pas toujours dans les grandes annales de la Dordogne. Pourtant, il est riche de traces, souvent transmises oralement ou couchées sur papier par quelques figures locales. Les sources principales sont :

  • Les archives municipales et départementales : elles conservent des registres datant du XVIe siècle, des actes notariés, des délibérations communales ou encore des plans cadastraux consultables en partie sur le site des Archives départementales de la Dordogne (archives.dordogne.fr).
  • Les recherches universitaires, notamment celles de l’historien Jean Secret (« Le Périgord mystérieux », Payot, 1965) qui a beaucoup évoqué la vallée de la Mano.
  • Les récits d’érudits locaux : lettres d’enseignants ayant exercé dans la vallée, textes de curés ou de chroniqueurs du XIXe siècle comme l’abbé Landes, et journaux régionaux (Le Périgord, Le Courrier du Sud-Ouest…)
  • Les témoignages oraux : collectés lors d’enquêtes ethnographiques, dont certains extraits sont conservés à l’Ethnopôle de la Périgord Vert (cren-na.org).

Le Change, bourg castral : souvenirs de la guerre de Cent Ans

Si l’on cherche la première trace du village dans un récit écrit, on la trouve au début du XVe siècle. La chronique du moine Pierre Marty (1423) fait mention de “Lou Chanch”, désigné alors comme un « bourg castral », sur la route de Périgueux à Brantôme.

  • En 1369, deux ans après la reprise du Périgord par les troupes françaises, la maison forte de Le Change aurait servi de refuge à des habitants fuyant les “routiers”, ces bandes de soldats pillards anglais ou navarrais. Quelques pierres de la vieille tour, visibles au chevet de l’église, en fuient timidement le souvenir.
  • Ce sont aussi ces années qui virent la naissance de plusieurs “chroniques paysannes”. Un texte daté de 1377 raconte la résistance d’hommes armés de bêches et de fléaux contre une colonne venue lever l’impôt au nom du roi d’Angleterre. (Source : « Annales Périgourdines », publication de la Société historique et archéologique du Périgord, 1890).

L’église et ses secrets : chronique d’un lieu de mémoire

L’église Saint-Martin de Le Change, petit chef-d’œuvre d’art roman, est la vedette de bien des récits populaires :

  • Un manuscrit de l’abbé Landes (1842) rapporte que, lors des dragages du cimetière en 1839, les ouvriers découvrirent sous l’autel un sarcophage contenant un plateau gravé d’une croix byzantine. L’objet, aussitôt perdu, aurait selon les habitants « protégé le village des grandes fièvres ».
  • Chaque année, le dimanche suivant la Saint-Martin, une procession des enfants rappelle l’ancienne “Confrérie des clochers”, censée protéger le bourg de l’orage. Ce rite, mentionné dans le bulletin paroissial de 1910, puise dans les croyances médiévales.

La tradition orale rapporte aussi que l’église abritait autrefois, sous ses combles, un « trésor » : un livre d’heures enluminé, disparu à la Révolution, et que les écoliers du siècle dernier cherchaient lors des récréations, convaincus par les paroles des anciens.

Le moulin du bourg, témoin de l’activité rurale

Les anciens moulins de la Mano faisaient vivre tout Le Change et ses environs. Dès le XIIIe siècle, un “moulin banal” est signalé dans les censiers de l’évêché de Périgueux, attestant que chaque famille devait y “porter blé moult”, c’est-à-dire moudre obligatoirement son grain sous la dîme du seigneur.

  • Au XVIIIe siècle, la chronique locale rapporte qu’en période de sécheresse, la file d’attente pour le moulin serpentait jusque sous le grand noyer de la “Borie-Neuve”. Un certain Pierre Delpech, meunier, était réputé “chanter plus fort que la roue”, selon une lettre joke du curé du village de Savignac (datée de 1756).
  • En 1895, la crue de la Mano emporta une roue et deux déversoirs. Cet épisode, vérifié dans le registre des délibérations municipales, marqua les esprits et donna lieu à plusieurs chansons (“Chante, Mano!” recueillie en 1927 par l’ethnologue Léonce Bourliaguet).

L’école communale et la saga des instituteurs

L’école du village, ouverte en 1835, fut un centre névralgique du récit local. On trouve dans les archives de la mairie de véritables pépites :

  • Le registre des prix de fin d’année indique qu’entre 1870 et 1910, plus de 90% des élèves savaient lire à leur sortie de l’école primaire, un taux supérieur à la moyenne départementale pour des hameaux isolés.
  • En 1912, selon le journal Le Périgord, le maître d’école fut arrêté pour avoir enseigné… en occitan ! L’anecdote, véridique, fut réparée l’année suivante, le Conseil municipal plaidant pour “le maintien du parler local aux récréations et dans les chants”.
  • Une chronique de 1936 signale que les élèves aidaient au recensement agricole, parcourant les fermes de la commune, “faisant l’école buissonnière pour la République !”

Histoires de résistances et solidarités sous l’Occupation

Si Le Change resta relativement à l’écart des tragédies de la Seconde Guerre mondiale, la Gestapo pénétra brièvement le secteur en juin 1944. Plusieurs témoignages relatent, dans Le Journal du Périgord, le courage des habitants :

  • La maison de la famille Malige aurait abrité un poste de liaison pour le groupe Georges, un des principaux réseaux de résistance en Dordogne (voir dossiers du Musée de la Résistance de Dordogne, musee-resistance-dordogne.fr).
  • Le 7 juillet 1944, la colonne allemande cherchant à rejoindre Périgueux stoppa devant le pont du village. Un habitant, selon la chronique de l’abbé Pouget, ralentit leur progression en “égarant” les clefs du portail d’accès. Ce geste de “paysannerie ingénieuse” est encore parfois cité lors des cérémonies du 8 mai.

Fêtes, foires et légendes : une chronique vivante

Au-delà des archives, Le Change vit au rythme d’événements qui, même fort modestes, sont ponctués de chroniques écrites ou chantées :

  • La fameuse “Foire aux châtaignes”, documentée depuis 1847, est l’occasion de retrouver chaque année, début novembre, des vendeurs d’autrefois et des chants en occitan (voir les récits oraux collectés par Jean-Claude Dugros, spécialiste de la mémoire rurale en Périgord).
  • Des conteurs, comme Louis Ricard, animaient naguère les veillées d’hiver dans l’estaminet du village, popularisant la “légende de la Dame blanche du bois de la Guibertie”, une histoire mouillée d’une crue de 1783 selon laquelle une apparition marquerait depuis la vigilance sur le gué de la rivière, chaque nuit de pleine lune.
  • La chronique la plus populaire reste celle des “grands gelées du siècle dernier”, épisodes dures et famines partagées, mentionnées dans les cahiers de doléances de 1848 et transmise de génération en génération.

Comment explorer aujourd’hui ces récits ?

  • L’ancienne école représente aujourd’hui un petit centre d’archives vivantes, où sont consultables certains registres et chroniques rédigées par les instituteurs successifs.
  • Les Archives Départementales de la Dordogne permettent en ligne ou sur place une plongée dans les registres paroissiaux, les plans de 1812 ou encore les recensements du XXe siècle : archives.dordogne.fr.
  • Les habitants âgés sont, pour qui sait écouter, de véritables bibliothèques parlantes. Une enquête participative est lancée chaque été lors de la fête communale pour collecter leurs souvenirs (renseignements à la mairie).

Ces récits : véritable trésor de lien social

La richesse des récits et chroniques locales de Le Change ne tient pas qu’à la qualité des faits historiques rapportés ou à l’ancienneté des anecdotes. Ce tissu narratif est ce qui fait la continuité du village, qui relie les générations et fait résonner dans la maison ou la ruelle une mémoire partagée. Lire une vieille chronique, écouter un témoin, c’est s’offrir un voyage dans le temps, comprendre la subtilité des traditions encore vivantes et redécouvrir tout ce qui fait l’âme simple et sincère de ce coin du Périgord.

Pour ceux qui souhaitent aller plus loin, les associations locales et patrimoine proposent régulièrement des lectures publiques, des randonnées à thèmes ou des ateliers d’écriture pour préserver cette mémoire en mouvement (voir agenda municipal). Parcourir ces récits, c’est faire vivre Le Change autrement… à travers la magie de ses mots et de ses souvenirs.

Sources principales :

  • Archives Départementales de la Dordogne : archives.dordogne.fr
  • Jean Secret, “Le Périgord mystérieux”, Payot, 1965
  • Société historique et archéologique du Périgord, “Annales Périgourdines”
  • Collecte ethnographique : Jean-Claude Dugros & Ethnopôle Périgord Vert
  • Musée de la Résistance en Dordogne : musee-resistance-dordogne.fr

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