Les figures marquantes de Le Change : un village modelé par ses personnalités

22 novembre 2025

Le baron Henri du Sorbier du Château de Le Change : Influence et rénovation patrimoniale

Impossible de parler de Le Change sans évoquer le Château, construit originellement au XIIIe siècle. De nombreux seigneurs s’y sont succédé, mais l’un des plus marquants reste le baron Henri du Sorbier (fin XIXe – début XXe siècle). Héritier d’une longue lignée noble du Périgord, il fut à l’initiative de la restauration du château, fortement endommagé à la Révolution. Son engagement pour le patrimoine local a permis de sauver plusieurs parties de l’édifice, en mobilisant artisans locaux et spécialistes de la pierre sèche.

  • Rénovation du corps de logis principal en 1898, selon les archives départementales de la Dordogne (AD24, série E).
  • Protection de la chapelle castrale : il fait appel à l’abbé Michon, alors curé de la paroisse, pour mener à bien la réhabilitation et sauvegarder les vitraux du XVIe siècle.

Anecdote : on raconte (Source : Archives orales du Périgord), qu’il offrait à Noël une bûche de bois à chaque famille démunie du bourg, alliant prestige et générosité.

L’abbé Pierre-Mathieu Fauquet : l’âme spirituelle et éducative du village

Curé de Le Change de 1912 à 1936, l’abbé Fauquet occupe une place particulière dans la mémoire locale. Pasteur infatigable, il s’illustre dans la défense des traditions rurales et la sauvegarde des archives paroissiales pendant la Grande Guerre.

  • Il lance la première école de catéchisme en langue d’oc, encourageant l’attachement au patois local et à une transmission culturelle vivante (Source : Revue du Clergé Périgourdin, 1935).
  • Sa collecte assidue d’actes de baptême, de mariages et de décès fut précieuse pour les recherches généalogiques postérieures.
  • En 1923, il installe une croix aux abords du village, toujours visible aujourd’hui, pour commémorer la fin de la Première Guerre mondiale.

Il faudra attendre les années 1980 pour que ses carnets et notices soient redécouverts, suscitant l’intérêt des chercheurs en histoire religieuse du Sud-Ouest.

Pierre Chaminade : la mémoire de la Résistance à Le Change

Dans l’entre-deux-guerres, Le Change est un village discret, loin des grandes routes. Mais il connaît une autre forme d’engagement : celui des résistants. Pierre Chaminade, instituteur dans les années 1930, s’engage dans le réseau Libération-Sud dès 1942. Il agit autant pour transmettre discrètement les informations de Londres que pour organiser l’évasion de jeunes du STO vers le maquis du Limousin tout proche (Source : Mémorial de la Résistance en Dordogne, éditions Fanlac).

  • Il met sur pied, avec sa femme Lucette, une filière de ravitaillement pour les maquisards installés dans la forêt de la Barade.
  • Sa maison du bourg sert de relais postal clandestin, une plaque y rend hommage à leur action en 2017.

La fin de la guerre ne l’empêche pas de poursuivre son engagement : il sera élu conseiller municipal à la Libération et plaidera pour la reconnaissance du rôle caché de la communauté villageoise dans les réseaux d’entraide.

Marie Delpech : pionnière de l’éducation des filles

Dans une société rurale où l’éducation des jeunes filles restait un défi, Marie Delpech (née en 1871) fut une figure de progrès. Épouse d’un petit agriculteur et autodidacte, elle ouvre en 1905, dans l’actuelle rue des Alouettes, un atelier d’alphabétisation destiné aux jeunes filles de la commune et des hameaux alentour – une première pour cette partie du Périgord Noir (Source : Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord).

  • Entre 1905 et 1930, une soixantaine de jeunes femmes ont fréquenté cet atelier.
  • Elles y apprenaient la lecture, la tenue de comptes domestiques, mais aussi la correspondance : plusieurs lettres adressées à des maris au front témoignent de cette nouvelle autonomie féminine.

Anecdote : Un extrait d’une lettre d’élève datant de 1916 cite : “Madame Delpech, nous a appris à écrire, pour que l’on puisse parler à nos hommes même de loin, sans l’aide d’un voisin.”

Docteur Louis Castagné : un médecin au service du progrès

Arrivé en 1920, le docteur Castagné fut le premier dans la région à vulgariser la médecine préventive en milieu rural. Passionné par la botanique, il fut précurseur de la collaboration entre phytothérapie traditionnelle et médecine moderne (source : Société Botanique du Périgord).

  • En 1924, il organise des tournées médicales gratuites les jeudis, jour de marché, afin de prévenir la tuberculose et le rachitisme chez les enfants.
  • Il publie plusieurs articles dans Le Journal du Médecin Rural sur l’usage raisonné des plantes médicinales de la vallée de l’Auvézère, dont la fameuse prêle et la benoîte, contre les affections respiratoires.

On rapporte que sa mallette était toujours garnie d’un flacon d’élixir de benoîte, prêt à soulager aussi bien les douleurs du corps que les peines du cœur. Le square principal de Le Change porte encore aujourd’hui le nom du docteur Castagné.

Joseph Lagrange : un maire bâtisseur et visionnaire

Sous le mandat de Joseph Lagrange (1965-1983), Le Change entre dans la modernité. Issu d’une famille d’artisans, il lance de nombreux chantiers pour désenclaver et embellir la commune.

  • 1971 : aménagement de l’éclairage public dans tous les hameaux, une priorité inédite à l’époque ;
  • 1975 : construction du pont sur l’Auvézère, facilitant l’accès aux villages voisins et réduisant de moitié le temps de trajet vers Périgueux (Source : La Dordogne Libre archive du 22/05/1975).
  • 1979 : création de la première bibliothèque municipale dans la salle de la mairie.

Grand défenseur du maintien de la vie locale, il lutte activement contre la fermeture de l’école rurale durant la crise démographique rurale des années 1970.

Des savoir-faire locaux mis à l’honneur

Au-delà des figures majeures, Le Change a également vu naître de nombreux artisans, agriculteurs, potiers et sabotiers, qui ont contribué à sa renommée. Parmi eux :

  • Jean Roustel, sabotier du XIXe siècle, dont les sabots – reconnaissables à leur motif de lauze – étaient vendus jusqu’à Sarlat et Montignac.
  • Benoît Delmas, potier et créateur des célèbres toupies vernissées du marché de Noël.
  • L’association Les Amis du Vieux Change, toujours active, recense chaque année les familles ayant conservé un savoir-faire ancestral ou développé un atelier rare.

Transmission et héritage : Le Change, une histoire vivante

L’histoire de Le Change, c’est celle d’un village qui prend ses racines dans des destins individuels pour mieux façonner un avenir collectif. Chacune des personnalités évoquées ici a laissé des traces : dans la pierre, l’éducation, la mémoire citoyenne ou les gestes quotidiens. Aujourd’hui, en parcourant les rues, en visitant la bibliothèque ou en franchissant le pont, il suffit de lever les yeux ou de tendre l’oreille aux anciens pour retrouver l’écho de ces figures discrètes mais déterminantes.

Pour celles et ceux qui souhaitent approfondir, le fonds d’archives de la mairie et les publications de la Société historique et archéologique du Périgord offrent encore bien des pistes à explorer.

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