Visite des grottes de Villars : plongée spectaculaire dans les entrailles du Périgord
Situées à moins de 30 kilomètres de Le Change, les grottes de Villars forment l’un des sites souterrains majeurs du Périgord. Oubliant la frénésie du monde...
Le Change, aujourd’hui intégré à Bassillac et Auberoche, se situe sur la rive gauche de l'Auvézère, au cœur du Périgord blanc. Niché à une dizaine de kilomètres à l’est de Périgueux, ce village est traversé par la route des moulins et des gorges, reliant ainsi la tradition paysanne à l’activité artisanale de la région. Mais derrière ses ruelles paisibles et ses paysages vallonnés se cache une histoire riche et souvent méconnue, façonnée par des siècles d’événements et de figures locales.
Le site de Le Change est habité depuis longtemps, comme en témoignent des vestiges découverts dans les alentours. À l'époque gallo-romaine, toute la vallée de l’Auvézère est parcourue par des voies secondaires qui relient Périgueux (la Vesunna antique) aux autres pôles du Périgord. Quelques monnaies et fragments de poteries, exhumés lors de fouilles menées à la fin du XIXe siècle (source : Société Historique et Archéologique du Périgord), laissent supposer l’existence d’un habitat rural structuré dès la période antique.
Le Moyen Âge voit la naissance d’un bourg organisé, protégé par un pont sur l’Auvézère, attesté dès le XIIe siècle. Ce passage était vital pour le commerce du sel et des denrées montantes du sud vers le nord. La paroisse est citée dans les textes dès l’an 1209, sous le nom de Lo Changi. Une première église, remplacée par l’actuelle au XVIIIe siècle, devient le cœur battant de la communauté.
Peu de villages périgourdins ont été à ce point marqués par les siècles troublés de la guerre de Cent Ans (1337-1453). Le Change, sur la frontière entre territoires anglo-gascons et possessions françaises, a fréquemment changé d’allégeance. Les seigneurs locaux alternent entre fidélités et trahisons pour préserver leurs terres, les archives de Périgueux mentionnant à plusieurs reprises des « variations de loyauté » de la part des notables du Change (source : Archives Départementales de la Dordogne, série E).
On raconte dans le village que plusieurs familles ont caché leur argent et leurs biens dans les cavités du rocher dominant l’Auvézère, de peur des pillages. Ce sont peut-être ces trésors que des chercheurs de métaux espèrent trouver, chaque été, près de l’ancien pont médiéval.
Loin d’être un simple village « de passage », Le Change a vu naître ou séjourner un certain nombre de figures, aujourd’hui inscrites, souvent discrètement, dans l’histoire locale voire régionale.
Parmi les familles notables dès le XIVe siècle, on note les Brucz, seigneurs du château du même nom, dont les ruines dominent toujours les bords de l’Auvézère.
C’est à Le Change qu’est née la lignée des Joubert, famille de notaires dont la réputation s’étend jusqu’aux pieds de la cathédrale Saint-Front à Périgueux.
Un proverbe local – « Avoir l’entregent d’un Joubert » – désigne encore aujourd’hui dans le canton les personnes habiles à démêler les situations compliquées.
Le XXe siècle a, lui aussi, produit ses personnalités marquantes. Jean Lamy, né en 1881 à Le Change, devient instituteur public en 1903. Il contribue à l’alphabétisation des enfants du village de 1903 à 1940, traversant les deux guerres mondiales.
Ce territoire modeste regorge de monuments qui rappellent, eux aussi, les grandes heures – et parfois les heures plus sombres – de Le Change. Ces pierres, ces ponts et ces moulins parlent à qui sait les écouter… et les parcourir.
Point focal de la vie locale, l’église Saint-Pierre-ès-Liens domine la vallée de l’Auvézère. L’édifice actuel, de style néo-roman, date du milieu du XVIIIe siècle, mais il conserve des éléments romans incorporés lors des restaurations successives. On peut encore admirer, près de l’autel, les pierres sculptées de l’ancienne église.
Le vieux pont du Change, reconstruit au XVIIe siècle, repose très probablement sur des substructions médiévales, voire antiques selon certains archéologues (Jacques Lagrange, « Les ponts anciens du Périgord », Bulletin de la SHAP). Il reliait autrefois deux relais de poste et servait de point stratégique lors des grandes traversées de la région.
Au XIXe siècle, la vallée compte pas moins de six moulins entre Le Change et Cubjac, transformant blé, noix ou laine, et faisant ainsi travailler une centaine de personnes selon le recensement de 1846 (source : Archives Départementales de la Dordogne). Parmi les plus emblématiques :
Comme beaucoup de villages de Dordogne, Le Change a vu passer des maquisards et des troupes allemandes durant la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs habitants, anonymes ou non, ont joué un rôle clé dans la résistance locale. La stèle commémorative de 1945 rappelle le sacrifice de deux frères, Pierre et René Martin, arrêtés pour avoir ravitaillé un camp de maquis au nord du village (source : témoignages repris par l’Amicale des Anciens Combattants de Bassillac).
Depuis 1985, Le Change accueille chaque automne une Fête de la Noix, rassemblant producteurs locaux, artisans et habitants sur la place du village. On y découvre encore des gestes anciens : cassage à l’ancienne, fabrication d’huiles et dégustations. L’événement attire près de 1500 visiteurs chaque année, dynamisant l’économie locale et assurant la transmission d’un savoir-faire typiquement périgourdin (source : Office du Tourisme du Grand Périgueux).
Plus qu’un simple décor rural, Le Change incarne la résilience, l’entraide et la transmission des savoirs, hier comme aujourd’hui. Qu’elles soient issues de la noblesse, de familles de paysans, d’instituteurs passionnés ou de résistants anonymes, les figures locales nourrissent toujours, à travers festivals, récits et petites pierres engrangées au fil des siècles, la mémoire collective du village.
L’histoire de Le Change rappelle combien les destins individuels, les monuments et les gestes du quotidien, tissent une identité unique. Elle invite à contempler la Dordogne non simplement comme une carte postale, mais bien comme un territoire vivant, profondément humain, dont chaque pierre a une histoire à raconter.
Pour aller plus loin :