Visite des grottes de Villars : plongée spectaculaire dans les entrailles du Périgord
Situées à moins de 30 kilomètres de Le Change, les grottes de Villars forment l’un des sites souterrains majeurs du Périgord. Oubliant la frénésie du monde...
Ancrée dans la vallée de l’Auvézère, à l’orée du causse périgourdin, la commune de Le Change s’est développée au rythme d’une ruralité vieille de plusieurs siècles. Les maisons, les chemins creux, mais aussi les murets de pierres sèches témoignent encore de la force des activités agricoles dans l’histoire locale.
La majorité du territoire – plus de 65 % au début du XIXe siècle selon le cadastre napoléonien – était couverte de terres cultivées (France Archives). On parlait déjà, dans les familles, de “bénéfices du sol” pour évoquer le blé, le lin, les champs de maïs, mais aussi les châtaigneraies et les vergers qui apportaient un complément bienvenu.
Cette vaste palette d’activités a structuré le paysage, laissant en héritage ces terrasses en pierre – « paissières » ou « cluzes » en patois local – encore visibles autour des routes du Causse.
Impossible d’évoquer Le Change sans parler des moulins, véritables moteurs économiques et sociaux dès le Moyen Âge. Deux moulins principaux subsistent aujourd’hui : le moulin de chez Audry et le moulin de la Monnerie, tous deux bâtis sur l’Auvézère. Autrefois, Le Change comptait au moins sept moulins dans son périmètre, adaptés aussi bien au grain qu’à la noix, produit-phare du Périgord.
Quelques chiffres révélateurs :
Ces lieux n’étaient pas que des espaces de travail. Le meunier, à la fois artisan, comptable et parfois médiateur, tenait un rôle central. Le moulin était aussi un lieu de discussion (et de bavardages) – on y échangeait sur la météo, la politique locale, les unions à venir, et parfois même sur de petites disputes autour de la “tournée” des grains.
L’activité déclina au XXe siècle avec la mécanisation agricole et l’exode rural, mais les moulins, transformés pour certains en habitations, restent les témoins de l’ingéniosité des anciens.
Si les terres agricoles sont les plus visibles à première vue, les forêts communales ont longtemps été exploitées dans une logique d’autosuffisance. La fabrication du charbon de bois – les fameux charbonniers – fut une activité périodique indispensable jusqu’à l’arrivée du charbon de terre au XIXe siècle.
De même, plusieurs fours à chaux jalonnaient la campagne autour de Le Change jusqu’à l’aube du XXe siècle. La chaux servait à blanchir les maçonneries ou à fertiliser les terres trop acides. Certains fours sont encore visibles, en ruine mais reconnaissables à leur alignement de pierres blanchies et à leur puits circulaire.
Enfin, il n’est pas rare, lors de randonnées à travers les bois, de tomber sur les restes de “tuileries” à usage local. On y modelait à la main des tuiles canal, typiques de la toiture sud-ouest, mais aussi des pots à confiture ou à sel pour l’usage quotidien. Ces activités annexes, saisonnières et souvent familiales, montraient l’extrême polyvalence des habitants.
Il existe à Le Change de vieux récits de veillées qui témoignent de l’attachement des habitants aux évènements liés à l’artisanat rural. On raconte, par exemple, que la foire de la Saint-Michel (fin septembre) rythmait toute la vie locale : agriculteurs, artisans et colporteurs s’y retrouvaient, certains venant jusqu’à 25 km alentour. Ce rendez-vous annuel était l’occasion d’acheter le bétail, les outils, les tissus, mais aussi d’échanger astuces et nouvelles du pays.
Autre souvenir, celui du dernier sabotier du bourg, M. M..., qui, jusque dans les années 1950, réalisait une paire de sabots par jour. Il achetait le bois de noyer ou de châtaignier chez les agriculteurs, façonnait chaque chaussure selon la forme du pied, puis livrait à domicile. L’activité, disparue dans les années 1970, révèle l’importance de l’artisanat local pour l’autonomie, mais aussi l’économie de troc qui nourrissait les relations sociales.
Le foisonnement d’activités agricoles et artisanales a imprégné le patrimoine architectural du Change, du plus modeste édifice rural à l’église Saint-Martin réaménagée au XIXe siècle. Ainsi, les maisons paysannes typiques, souvent composées d’une grange attenante, d’un four à pain indépendant (de forme ovale ou ronde), reflètent cet héritage.
En arpentant les sentiers de la commune, ces éléments nous rappellent que l’histoire du Change ne s’écrit pas seulement dans les livres, mais se lit aussi dans la pierre, le bois, et les usages encore perceptibles dans l’agencement de chaque ferme.
Si le tissu économique du village n’est plus porté aujourd’hui par l’agriculture vivrière ou l’artisanat rural, ce passé façonne toujours la culture locale. Les associations patrimoniales œuvrent pour transmettre ces savoir-faire, à l’image des ateliers de découverte mis en place lors des Journées du Patrimoine ou du Printemps des Moulins.
Cette dynamique de valorisation permet à la fois de sensibiliser les plus jeunes, curieux de redécouvrir des gestes simples, et d’ancrer, dans le présent, une fierté villageoise très vivace.
Les traces laissées par les activités agricoles et artisanales à Le Change ne relèvent pas seulement d’un passé révolu. Elles modèlent la trame même du paysage, la configuration des fermes, des routes, et influencent la mémoire collective. C’est ce tissu vivant d’histoires, de techniques, de traditions et de bâtis qui fait aujourd’hui du Change un village où chaque pierre raconte une aventure humaine, collective et unique.
Pour qui souhaite arpenter la Dordogne autrement, comprendre la richesse de son territoire, rien ne vaut une balade à la découverte de ces héritages discrets, façonnés par des générations de travailleurs de la terre et de l’atelier.