À la découverte de l’église Sainte-Foy à Mortemart : trésor roman du Périgord rural

23 juin 2026

Un édifice discret au cœur du Périgord, témoin d’un millénaire d’histoire

Niché dans le hameau tranquille de Mortemart, sur la commune du Change, l’église Sainte-Foy attire aujourd’hui les curieux qui aiment sortir des sentiers battus, loin de la foule qui se presse dans les hauts lieux touristiques de la Dordogne. Pourtant, malgré sa relative discrétion, cet édifice roman du XIIe siècle est un exemple fascinant de l’architecture religieuse rurale du Périgord.

Classée au titre des Monuments historiques depuis 1948 (Source : Base Mérimée), Sainte-Foy de Mortemart possède une histoire aussi riche que sa silhouette est sobre. Avec son clocher mur, son abside voûtée en cul-de-four et ses chapiteaux sculptés, elle raconte les siècles mieux que de longs discours.

Le contexte : le roman périgourdin dans l’écrin de la campagne

Le XIIe siècle voit surgir partout dans le Périgord de petites églises à plan simple mais solidement bâties, répondant au développement démographique et religieux de l’époque. Sainte-Foy de Mortemart illustre parfaitement ce mouvement :

  • Plan direct : nef rectangulaire unique facilitant les rassemblements des communautés rurales.
  • Matériaux locaux : pierre calcaire de la région, offrant à l’édifice cette teinte blonde typique du Périgord blanc.
  • Décor dépouillé : peu d’ornements, mais chaque élément sculpté prend un sens particulier.

Comme beaucoup d’églises rurales, Sainte-Foy a traversé sans fards les vicissitudes des siècles : la guerre de Cent Ans, les guerres de Religion, la Révolution… Mais les restaurations successives ont toujours respecté son aspect sobre et authentique.

Les secrets architecturaux de Sainte-Foy

Un plan typique mais non dénué d’originalité

  • Nef unique : l’absence de collatéraux permettait à toute la communauté de suivre les offices, favorisant un sentiment d’appartenance.
  • Clocher-mur : au lieu de la tour massive courante dans les grandes églises, Sainte-Foy possède un clocher-mur percé de deux baies, signalant la simplicité et la modestie du lieu.
  • Abside semi-circulaire : élément emblématique du style roman, elle abrite le chœur et accueille les fidèles dans une atmosphère intimiste.

Des chapiteaux qui parlent (presque) à voix haute

L’un des plaisirs d’observer Sainte-Foy, c’est de scruter les détails des chapiteaux. Si l’on y repère des motifs feuillés classiques, on découvre aussi, pour qui s’y attarde, quelques petites figures humaines stylisées, comme autant de signatures anonymes d’artisans d’autrefois. L’art roman, en Périgord, c’est avant tout une créativité dans la contrainte, où chaque sculpteur laisse libre cours à son imaginaire sur quelques centimètres de pierre.

Jeux de lumière et acoustiquerie

La simplicité des ouvertures, souvent réduites et judicieusement orientées, donne à l’intérieur de l’église une atmosphère lumineuse très particulière, surtout à la belle saison. Selon l’heure du jour, la lumière vient caresser l’autel, révélant le grain des pierres ou faisant surgir un détail du décor. Il n’est pas rare, lors de certains concerts ou offices, de profiter d’une acoustique surprenante dans ce lieu pourtant si humble en apparence.

Sainte-Foy, une église et mille histoires

Qui était sainte Foy ?

Vénérée dans tout le Sud-Ouest, sainte Foy est une jeune martyre du IVe siècle, originaire d’Agen. Son culte se répand au Moyen Âge, notamment le long des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Pourquoi ce choix de patronyme pour l’église de Mortemart ? Probablement parce que la dévotion à sainte Foy, protectrice des faibles et des voyageurs, faisait particulièrement sens dans ces campagnes où la vie n’a jamais été facile. C’est aussi un clin d’œil au célèbre sanctuaire de Conques, qui conserve ses reliques.

La vie du village autour de son église

Pendant des siècles, l’église Sainte-Foy a rythmé la vie du hameau. Baptêmes, mariages, sépultures, fêtes religieuses : chaque événement collectif passait par ses murs. À noter une anecdote locale : lors de la foire annuelle de la Saint-Foy, les familles du secteur se réunissaient non seulement pour la messe mais aussi pour partager un grand repas en plein air, perpétuant ainsi une tradition de convivialité rurale. Dans les années 1950, certains anciens évoquaient encore les « nègres » : ces jeunes garçons chargés d’agiter une cloche portative à la sortie de la messe, pour signaler qu’il était l’heure de festoyer.

Des épisodes marquants

  • Les cloches réquisitionnées : Durant la Révolution française, beaucoup d’églises périgourdines virent leurs cloches fondues pour la fabrication de canons. Sainte-Foy y échappa de peu, mais ses anciens registres gardent la trace d’une période où l’édifice ne servait quasiment plus qu’à abriter quelques réunions secrètes (Source : Archives départementales de la Dordogne).
  • Restauration du XIXe : Comme beaucoup d’églises rurales, Sainte-Foy a bénéficié des grands mouvements de restauration du XIXe ; c’est à cette occasion que furent consolidés la voûte et les murs porteurs, et que l’on remit en état certains chapiteaux endommagés.

Comment découvrir l’église Sainte-Foy : informations pratiques et conseils de visite

Situation et accès

Mortemart se trouve à moins de trois kilomètres au nord-est du Change, le hameau étant accessible par de jolies routes boisées, idéales pour une balade à vélo ou à pied.

  • Coordonnées GPS : 45.1938, 0.9334
  • Parkings : stationnement facile sur la petite place devant l’église

Horaires et recommandations

  • En dehors des offices, l’église n’est pas régulièrement ouverte : il convient de s’adresser à la mairie du Change ou de profiter des Journées du patrimoine pour des visites guidées.
  • Par respect pour les lieux, veillez à garder le silence et à ne pas toucher aux objets anciens ou à la chaire de pierre, particulièrement fragile.

À ne pas manquer aux alentours

  • Le sentier de randonnée “Sur les pas des carriers” propose une boucle d’environ 7 km passant par Mortemart, la forêt de la Double et plusieurs anciennes carrières de pierre.
  • Le village voisin du Change abrite également l’imposant château de la Petite Filolie, privé mais visible de la route, et un beau site de baignade sur l’Isle.
  • Pour les amateurs de patrimoine, la grotte de Tourtoirac et l’abbaye de Chancelade se trouvent à moins d’une demi-heure.

Quelques chiffres qui parlent

Élément Donnée
Date de construction principale Vers 1150
Classement monument historique 1948
Longueur totale de l’édifice 26 mètres
Hauteur du clocher-mur 7 mètres
Capacité d’accueil Environ 90 personnes

Pour (re)découvrir la campagne périgourdine autrement

S’arrêter à Sainte-Foy de Mortemart, c’est choisir un patrimoine vivant, où la beauté de la pierre se conjugue avec la force des traditions. À l’heure où la Dordogne attire toujours plus de visiteurs, une halte dans cette église oubliée offre un moment de paix, une leçon d’histoire grandeur nature, et un détour par la vie rurale d’autrefois. Pour tous ceux qui aiment partir en quête de ces “petits trésors” dissimulés dans la campagne, Sainte-Foy mérite amplement le détour.

Les curieux y trouveront une part d’âme du Périgord, simple et captivante. Et pourquoi ne pas prendre le temps de discuter avec un habitant ou d’écouter les échos du passé, guidés par le souffle du vent sur les plaines alentour ?

Pour ceux qui souhaitent approfondir, l’association “Les amis de Sainte-Foy” organise ponctuellement conférences, concerts et visites (programme sur demande à la mairie du Change).

Sources principales : Base Mérimée, Archives départementales de la Dordogne, Inventaire général du patrimoine Nouvelle-Aquitaine.

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